JUSTICE : Abdoulaye YAYA et les 7 péchés capitaux de la Justice togolaise

Abdoulaye Yaya, président de la Cour Suprême du Togo.

 » Je nous prie de nous ressaisir « . C’est le cri de cœur que le Président de la Cour Suprême, Abdoulaye Yaya a lancé à ses pairs du corps judiciaire lors de la présentation d’un rapport de son institution. Le tableau dressé, par le Président de la Cour Suprême, de la justice togolaise et des hommes qui l’animent n’est pas reluisant. Abdoulaye Yaya n’y va pas par quatre chemins : gourmandise, cupidité, rackette… Bref, les sept (7) péchés capitaux révélés dans la Bible.

Il y a de quoi pousser des cris d’orfraie par le Président de la Cour Suprême.  » Nous sommes ici pour acclamer la majorité qui s’efforce de bien faire malgré les difficultés qu’on trouve dans tout métier et en même temps pour fustiger la minorité qui fait mal « . On sent le Président Yaya diplomate et stratège, car nous autres pensons que c’est le contraire.  Si ce n’est qu’une minorité qui fait le mal, la gangrène que lui-même dépeint ne sera pas aussi large et profond.  Mais qu’à cela ne tienne, il a le mérite de mettre le couteau dans la plaie.

Depuis le temps que la presse dénonce les vices de certains magistrats au Togo, il en existe certains qui font croire à l’opinion que les journalistes en font trop et ne savent pas de quoi ils parlent. Maintenant que l’expérimenté et chevronné Président de la Cour Suprême en parle et les dépeint de tous les noms d’oiseaux, on attend de lire les commentaires.

Le rapport du Président de la Cour Suprême sur la justice togolaise est à saluer car il relève tout le mal que les populations pensent de la magistrature togolaise. On peut dire qu’Abdoulaye Yaya, en qualifiant les magistrats de gourmands et de malhonnêtes sait de quoi il parle.  « Le juge qui est gourmand et cupide n’a pas sa place dans la magistrature… Les juges font du business et rackettent les citoyens… S’il en est ainsi, le juge participe à l’insécurité judiciaire au Togo », fait remarquer le Président de la Cour Suprême. Le dire ainsi, c’est de l’euphémisme.

Au Togo, certains magistrats vendraient des terrains, oubliant même qu’il n’existe qu’un seul titre foncier, s’accoquinant avec d’autres acteurs de la justice pour rendre la Justice dans un sens ou dans l’autre. Le citoyen qui n’a pas d’argent serait-il en difficulté devant le juge, même si le droit plaide en sa faveur ?  Des drames se seraient ainsi joués dans les familles à cause des décisions de certains magistrats véreux. « Le juge qui brille par sa connaissance et son savoir, doit également briller par sa tempérance et sa sobriété, surtout par la modestie de son appétit. S’il est gourmand et cupide, eh bien il n’a pas sa place dans la magistrature », fait remarquer le Président de la Cour Suprême. Dans les Palais de justice du Togo, tout ne serait pas rose et c’est la course, parfois, à des dérives et abus de position. Les exemples foisonnent et les témoignages n’en finiront pas si les Togolais sont appelés à cet exercice. C’est bien dommage.

Au-delà de la probité et de l’honnêteté de ces grands juristes qui sont mises en doute, le rapport d’Abdoulaye Yaya relève aussi des dysfonctionnements au sein de l’appareil judiciaire qui annihilent tous les efforts consentis.

Pour lui, le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire est dû à la lenteur, aux indélicatesses de certains juges, la non-rédaction du factum par les magistrats sont les maux qui minent le monde de la Justice au Togo. « Le magistrat et les auxiliaires de justice sont des sources de l’insécurité judiciaire », a-t-il dit, pointant du doigt la démission des chefs de cours, des tribunaux à assumer leurs responsabilités. Selon lui, cela a contribué à désorganiser le service public de la justice qui est laissé aux mains de quelques juges indélicats qui ne respectent pas les procédures et qui se sucrent sur le dos des justiciables déjà éprouvés par leurs litiges. « La veuve et l’orphelin viennent à nous et nous les rançonnons, nous les rackettons », regrette-t-il ?

Et tout est dit. Combien de fois certains magistrats, qui doivent être les garants de la sécurité judiciaire des citoyens togolais, ne sont-ils pas devenus des bourreaux de leurs propres justiciables ?  On a l’impression que le droit aurait fui le tribunal et c’est l’injustice qui s’y serait installée. Ceux qui ont pour mission de dire le droit en sont devenus, par la force des choses et d’une cupidité légendaire, les pourfendeurs de leur instrument de travail. Ils ont ainsi instauré une insécurité judiciaire préjudiciable non seulement aux simples citoyens qui veulent que justice soit rendue, mais aussi à l’Etat togolais, quant au climat des affaires. Oubliant que la Justice est le pilier central de la paix civile et de la pérennité de l’Etat. Le gouvernement a insisté là-dessus mais…

Mais Abdoulaye Yaya prévient : « Aujourd’hui, nous nous sommes là pour dire ça suffit », dit-il. Le Haut magistrat estime que la maison  »justice » est pourrie et qu’il faut réagir au plus vite. C’est ce qu’il a commencé par ce rapport de dénonciation sans concession et de partage des vices et tares du 3è pouvoir.

Comme on a hâte que les propos du Président de la Cour Suprême se réalisent et qu’il puisse terminer ce qu’il a entamé. Car, ce n’est pas faute de ces prédécesseurs de n’avoir pas essayé. Soit eux-mêmes étaient corrompus jusqu’aux os, soit, ils n’avaient pas la poigne et le soutien nécessaires pour mener les réformes et sévir conséquemment.

Au Président de la Cour Suprême, Abdoulaye Yaya, nous souhaitons du courage pour la continuation du chantier ouvert. On suppose que le rapport sera remis au Premier Magistrat, Faure Gnassingbé, qui en fera bon usage pour une réforme en profondeur du secteur de la justice. Car, à force de ne rien dire, et que les sanctions ne pleuvent pas à la hauteur d’indignes prouesses dans les tribunaux, certains de nos chers magistrats et hauts magistrats se croiraient tout permis. Ils oublient qu’en se comportant ainsi, c’est le discrédit qu’ils jettent sur leur corporation et souillant le nom du Togo. Il faut donc sévir. Les Togolais applaudiront à rompre des deux mains. Que le Président de la Cour Suprême devienne un censeur le plus impopulaire, dans le secteur, le peuple togolais lui saurait gré.

Ali SAMBA, In LE MEDIUM n°464 du 31 août au 06 septembre 2021.

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